Big data et pratiques cognitives

du 17 au 19 novembre 2016

 

 

Nous définissons le « big data » défini comme la constitution et l'exploitation des traces numériques produites par delà la Planète dans son ensemble.

 

 

Cette collecte de données se produit évidemment sur les réseaux dits sociaux mais également au travers de la plupart des outils du World Wide Web : sites d'achat en ligne, clients de serveurs de mail, sites de presse ou de jeux en ligne. Elle se produit également au travers du « self-quantify » : pèses-personne connectés, applications mobiles de suivi des performances sportives, plate-formes de suivi de la consommation énergétique du logement.

La collecte des données est étroitement liée à l'exploitation qui en est faite.

 

 

Dans son dernier ouvrage, « Le mirage numérique – Pour une politique du Big Data», l'universitaire d'origine biélorusse Evgeny Morozov relève que le club de stand-up, le Teatraneu de Barcelone, a modifié sa politique tarifaire en faisant payer aux spectateurs 30 centimes par rire reconnu par la caméra de la tablette fixée au dos de chaque fauteuil en partenariat avec l'agence de publicité Cyranos McCann. Cet exemple illustre la codification massive de nos pratiques les plus intimes. Cette généralisation là de la calculabilité détruit la place du sensible dans les pratiques individuelles, collectives et techniques et souligne la pertinence de la question posée par Bernard Stiegler : comment ne pas devenir fou ?2

 

 

S'il est un lieu dans l'espace-temps où la question du sensible se pose et est traitée, c'est précisément celui des pratiques artistiques et culturelles. La ligne du temps de l'évolution de notre environnement technique n'a qu'un seul sens. Contester cela ne conduit qu'à l'illusion pendant que la Silicon Valley avance dans l'extension de son empire sur nos sens et instaurent une « vérité algorithmique » (voir « La gouvernance par les nombres », cours au Collège de France d'Alain Supiot, « À quoi rêvent les algorithmes » de Dominique Cardon ou les travaux d'Antoinette Rouvroy et Thomas Berns sur la gouvernementalité algorithmique).

 

 

Le numérique du Big Data, comme environnement technique, possède des vertus pharmacologiques. Pensons à la cartographie dynamique EXIT3 présentée à la Fondation Cartier illustrant les liens entre réchauffement climatique et migrations à l'occasion de la COP 21 à Paris en décembre 2015 ou, plus loin dans le temps, aux tentatives du Président Chilien Salvador Allende pour utiliser la cybernétique aux fins de politiques publiques. Des préfigurations des questions de calculabilité de « tout » ont également été posée par Jose Luis Borges dans « La bibliothèque de Babel » ou, plus loin encore dans le temps et plus près de nous, par le Mundaneum créé il y après de cent ans à Bruxelles.

 

 

APREM#5 explorera ces questions, notamment à l'aune des pratiques artistiques en touchant également aux pratiques contributives du logiciel et des données libres d'accès.

 

 

1   Traduit de l'anglais par Pascale Haas et publié en français aux éditions « Les Prairies Ordinaires »

2  « Dans la disruption. Comment ne pas devenir fou ? » Bernard Stiegler, aux éditions Les Liens qui Libèrent

3   https://www.youtube.com/watch?v=kyMbF2uuSIw